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Isabelle Fontaine, organiste

Orgue et rite: liturgie eucharistique

20 Septembre 2006 , Rédigé par Isabelle Fontaine Publié dans #religion catholique

Voici un topo que j'ai rédigé en mars 2003 en vue d'une formation d'organistes dans mon diocèse (ce topo n'a pas été lu ou distribué tel quel, mais il a été utilisé par une autre formatrice pour un atelier d'échange):

 

 

DE LA PLACE DE L’ ORGUE DANS LA LITURGIE EUCHARISTIQUE :

de la Présentation des dons à la Doxologie

 

 

 

 

-         quelques repères pratiques –

 

Préparation des dons :

 

En général, l’orgue va accompagner les 3 temps :

-         la procession des dons

-         la présentation des dons

-         le moment où le prêtre se lave les mains en signe de purification intérieure

Mais un chant d’offertoire peut aussi accompagner la procession des dons, chant qui sera alors préludé et prolongé par de l’orgue (ex : une improvisation sur le thème du chant).

 

Quoiqu’il en soit, il importe de bien distinguer, de différencier, lorsque cela est possible, les différentes  parties qui composent ce moment, qui, dans un premier temps, intervient comme une pause dans la célébration, après la liturgie de la parole.

 La musique de l’orgue peut y aider.

 

Voici un schéma « idéal » :

-         le prêtre s’assoit, on fait la quête, la procession se prépare : musique sereine, de tempo modéré, dans une nuance moyennement forte.

-         pendant la procession proprement dite : une musique qui accompagne le rythme de la marche, de façon solennelle, mais calme et pas trop forte, et surtout pas « pompeuse » : à ce moment-là, le musique joue un rôle rituel.

C’est à ce moment là, précisément, que se place le chant d’offertoire lorsqu’il y en a.

-         pendant la présentation des dons (que le prêtre reçoit) et le rite de purification qui suit, la musique doit se faire plus douce, plus calme et exprimer une certaine forme d’adoration ; on peut alors concevoir que, sur ce « coussin musical », les paroles « Tu es béni, Dieu de l’Univers… » puissent être prononcées à voix haute par le prêtre qui préside, entraînant la réponse de l’assemblée. L’orgue joue jusqu’à ce que le prêtre soit prêt à l’autel et ait préparé son missel pour la Prière eucharistique.

 

Bien sûr, ceci est la situation idéale, dans laquelle la collaboration entre le prêtre et l’organiste est bien « huilée » : on s’est mis d’accord avant, on a l’habitude de se regarder, de s’écouter.

Cela suppose en particulier que l’organiste puisse bien voir ce qui se passe à l’autel, ce qui n’est pas toujours le cas selon le lieu où l’instrument est placé.

Par ailleurs, l’organiste doit posséder un minimum de compétences en matière d’improvisation afin de s’adapter en temps réel à ce qui se passe, la durée des mouvements étant variable.

Cela n’empêche pas de jouer une pièce du répertoire (ex : un choral de Bach) durant la première partie.

 

Ceci étant, dans beaucoup de lieux, les 3 temps décrits ci-dessus ne sont pas forcément différenciés clairement : il est fréquent qu’il n’y ait pas de procession des dons, que le prêtre commence très vite la présentation des dons, qu’il s’impatiente si l’organiste ne s’arrête pas immédiatement, et que la quête se prolonge jusqu’au chant du Sanctus.

 

Il faut donc s’adapter…

 

La prière sur les offrandes :

 

Prononcée par le prêtre, elle se termine par « Lui qui règne pour les siècles des siècles », ce qui suscite le « Amen » de l’assemblée.

Cette partie peut être chantée, lorsque le prêtre se sent à l’aise dans la cantillation.

L’orgue peut alors accompagner le « Amen »: si cela est prévu, il sera bon de donner la note de départ avant ; si c’est imprévu, un organiste possédant une bonne oreille pourra « rattraper » la note…

Conseil : si on cherche sa note, ou si on la vérifie, le faire sur un jeu le plus doux possible ;

mais ne pas chercher obligatoirement à accompagner si on n’est pas sûr : il vaut mieux laisser l’assemblée répondre « a cappella »…

 

 

 

La Prière eucharistique :

 

 

 

 

 

-         La préface :

 

introduite par le dialogue entre le prêtre et l’assemblée (« Le Seigneur soit avec vous… ») qui peut être chanté (et accompagné selon les modalités décrites ci-dessus), elle peut être chantée (a cappella) par le Président lors des Fêtes et Solennités.

 

-         L’acclamation du « Sanctus » :

 

chantée entièrement par TOUTE l’assemblée, elle jaillit de la fin de la préface (avec une phrase du type « C’est pourquoi, avec les anges et tous les saints, nous proclamons ta gloire en chantant d’une seule voix »).

C’est pour cela qu’il est souhaitable que l’introduction de l’orgue soit la plus courte possible – 1 ou 2 accords seulement : cela est à voir avec l’animateur ou le chef de chorale, qui peut demander à entendre une phrase plus longue pour mieux savoir démarrer le chant…

L’idéal serait même que l’organiste donne les notes du Sanctus avant la fin de la préface ; cela est cependant difficile à réaliser dans la pratique…

L’accompagnement de cette acclamation sera, clair, joyeux, dynamique, assez fort (mais pas trop, pour ne pas couvrir le chant).

 

-         Les épiclèses :

 

si, lors d’occasions particulières, elles sont chantées, l’orgue les accompagnera de façon sobre.

 

-         Le récit de l’Institution et la Consécration :

 

lors de grands rassemblements, de messes solennelles, avec plusieurs prêtres, ce passage peut être chanté, selon la mélodie proposée dans le missel ; s’il s’en sent capable, l’organiste pourra, tout doucement, soutenir ce chant, apportant un éclairage particulier à ce moment central de la liturgie, et, sur le plan pratique, empêchant les concélébrants de… détonner.

 

-         L’anamnèse :

elle est, en principe, entonnée par le prêtre qui préside, et suscite l’affirmation de toute l’assemblée.

L’organiste donnera bien la note de départ, accompagnera ou non (selon les cas) l’intonation, et accompagnera clairement mais paisiblement le chant de tout l’assemblée.

 

-         L’offrande : partie parlée

 

-         Les intercessions : partie parlée

 

-         La Doxologie Finale : est souvent chantée, généralement selon 2 tons :

 

celui du Missel, pouvant susciter un « Amen » plus ou moins développé (il existe la vesrion de Jacques Berthier: "Amen, amen, gloire et louange à notre Dieu" ;

celui, plus solennel, en 3 parties, composé par Jean-Paul Lécot (AL 197).

Quoi qu’il en soit, l’assemblée ne chante que « Amen » ; le reste étant chanté par le(s) prêtre(s) – quand c’est parlé, c’est la même chose !

S’il a pu se mettre d’accord avec le président, l’organiste donnera bien la note avent ; sinon, il essaiera, s’il peut, de rattraper « au vol »….

En tous les cas, la partie « récitatif » sera accompagnée doucement,

Et la réponse de l’assemblée sera accompagnée de façon majestueuse et solennelle.

 

 

 

Remarque complémentaire :

 

Dans l’ « ancienne » liturgie – celle d’avant Vatican II -, on trouve le terme « Elévation » ;

De nombreuses pièces pour orgue, en particulier au XIXème siècle et dans la première moitié du XXème, portent ce titre, correspondant à une intervention de douce de l’orgue entre le Sanctus et le Benedictus (les 2 parties étant alors séparées).

 

Dans certaines grandes églises ou cathédrales, il reste des traces de cette pratique, encore actuellement, l’orgue jouant très doucement

-         soit entre le Sanctus et le récit de l’institution

-         soit après l’anamnèse, jusqu’à la Doxologie

-         soit durant ces deux périodes (ce qui semble excessif : il vaut mieux choisir… ?)

C’est une pratique qui disparaît peu à peu : les directives en la matière sont assez floues…

Il est sûr que l’orgue doit rester discret (ne surtout pas couvrir le texte parlé)

et doit aussi savoir se taire…

 

____________________________________________________________

 

En conclusion, durant cette partie de l’Eucharistie, comme dans tout autre célébration, le rôle de l’orgue (ou d’autres instruments) est important (sans être indispensable…).

 

Par les possibilités sonores multiples et variées de son instrument (les tuyaux de l’orgue ne sont-ils pas aussi le symbole du peuple rassemblé, de l’Unité dans la diversité ?),

 

le musicien, avec sa foi et son savoir-faire, soit, comme soliste, soit comme accompagnateur, saura apporter la « couleur » propre à chaque moment, créer le climat qui convient, tantôt festif et solennel, tantôt méditatif et discret :

 

le musicien d’Eglise est au service de plus Grand que lui… 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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