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Isabelle Fontaine, organiste

Concertiste ? ... évocation ...

20 Septembre 2006 , Rédigé par Isabelle Fontaine Publié dans #isabelle.fontaine

Cet article date en fait de la fin de l'été 2005, suite, notamment à mon concert donné en la co-cathédrale de Bourg en Bresse ...

 

Je n’ai pas la prétention d’être une grande concertiste … et je me contente de faire selon mes possibilités et disponibilités …

Mais les concerts – particulièrement durant des périodes de vacances – sont toujours l’occasion de moments formidables et de véritables rencontres …

Rencontre avec une nouvelle région, un environnement dépaysant et enrichissant culturellement … Rencontre avec un instrument, qu’il faut découvrir et apprivoiser en peu de temps, aimer avec ses particularités (y compris d’éventuels inconvénients) afin d’en tirer le meilleur …            

 

C’est toujours passionnant et enthousiasmant de découvrir toute la richesse d’un palette sonore, de l’explorer à travers des improvisations dans différents styles (selon, bien – sûr, ce que permettent la facture et l’esthétique de l’instrument) : je commence toujours par cela dès l’arrivée, afin de me détendre et de me familiariser avec l’instrument, de me rassurer aussi (…), avant de rentrer dans le répertoire proprement dit. C’est parfois aussi l’occasion de découvrir d’autres orgues de la région.

Rencontre avec l’ (les) organiste(s) du lieu, et d’autres personnes … qui, le plus souvent, font tout pour vous recevoir au mieux tant sur le plan matériel (prise en charge à la gare – je prends souvent le train ! - repas et hébergement, accès à l’orgue pour les répétitions, collaboration avec des assistants pour tirer les jeux, tourner les pages …) que sur le plan humain (conversations et échanges riches et sympathiques – sur des sujets musicaux ou autres -, convivialité, simplicité, humour parfois …).

Tout cela compte beaucoup, surtout lorsqu’on débarque seule dans un endroit inconnu. C’est cette dimension qui va à la fois permettre d’être totalement disponible à la musique elle-même, et qui va donner du sens à celle-ci …

Ma vision est peut-être, aux yeux de certains, un peu ringarde … mais je ne conçois pas la musique en dehors de toute dimension humaine.

 Quelquefois même, l’organiste des lieux possède de réelles compétences musicales, est bon (excellent, même !) musicien – sans s’en enorgueillir pour autant ! -, a des connaissances en facture d’orgue (ce qui est parfois bien utile !), et de ce fait, il vit réellement porté par l’enthousiasme pour « son » instrument et vous le fait partager instantanément …                      Si, de surcroît, cet organiste a une vision humaniste de la musique, est ouvert à plusieurs styles et esthétiques, et a (en plus !) une haute idée de sa mission d’organiste liturgique (…), c’est d’autant plus formidable !

 

Cela crée, même inconsciemment, une émulation, une stimulation … : enfin, je ne suis plus toute seule, cloîtrée dans mon coin de Picardie, avec le risque de stagner ou de dormir sur mes lauriers … !!!

 Les situations sont très variables selon les lieux … mais cela arrive quand - même … :

 

des endroits où le clergé est sensible à la musique, où le curé tient à vous accueillir également et assiste au concert…

Des endroits aussi où, de façon étonnante, le public est fidélisé et vient nombreux …

Où la presse locale vient même vous interviewer et vous photographier …

Cela est alors un peu intimidant et impressionnant …

 Tout cela rend l’aventure passionnante et … exigeante même …

 

 

 

 

Ainsi, sur place (2 jours au moins, c’est un minimum !), moments de travail sérieux (travail à l’instrument et réalisation des post-it de registrations … etc.) alternent avec moments de détente –absolument nécessaires pour moi !

Cela devient peu à peu familier et agréable, pour moi qui, durant l’année, fait totalement autre chose la plupart du temps …

 Même si, par exemple, il fait très chaud, que vous êtes un peu fatiguée, que vous êtes parfois dérangée par des bruits intempestifs … même si tout n’est pas hyper - confortable à la console (les accouplements sont durs ? le 4ème clavier est un peu loin ? …), que vous êtes parfois agacée par tel ou tel cornement ou tel ou tel jeu désaccordé …

Justement, cela fait tout le charme de la chose : arriver à s’en tirer, à dépasser tout cela … J’ai horreur de râler, de me plaindre, de critiquer … Appuyons-nous sur tout ce qu’il y a de beau et de positif !

 Le moment du concert lui-même approche …

 Il y a à la fois la pression – juste le trac nécessaire (ouf ! le temps où je tremblais de partout est révolu ! …) – et l’enthousiasme : vivement que ça commence !

 

 

 

 

Le tout lié au désir de bien faire, de vivre pleinement un moment optimal de musique (enfin enchaîner les pièces sans s’arrêter pour tourner une page ou changer de registration !) et de le partager avec le public …

 C’est un peu un défi lancé à soi-même, mais aussi l’envie de dire sincèrement merci à ceux qui vous ont invité(e) à jouer, qui vous ont fait confiance sans parfois jamais vous avoir entendu(e) auparavant, qui se sont donnés tant de mal pour vous accueillir dans les meilleures conditions … vous voulez leur faire plaisir et ne pas les décevoir …

L’heure approche en effet …

 Vous sentez bien aussi que la pression monte aussi intérieurement chez ceux qui vous accueillent (soucieux que tout se passe bien) et vous ceux qui vous assistent à la console (soucieux de bien faire et de ne pas se « planter » …  J’aurais parfois tendance à en demander trop, à être trop perfectionniste … mais je m’oblige à être sympa avec mes assistants, à les rassurer si besoin … Quand on est des « 2 côtés de la barrière », on sait ce que c’est !) …

Ils ne disent rien, mais cela se ressent … Ils ne savent pas bien s’il faut vous parler ou vous laisser tranquille …

 

 

 

 

En ce qui me concerne, je préfère que l’on me parle, que l’on me « décoince » un peu si besoin … j’ai besoin de sentir une certaine proximité (c’est idiot à dire … mais c’est presque affectif … même avec des gens que je connais peu …) …

En même temps, ce court moment de sensation de vide, de solitude un peu angoissante, est nécessaire pour se concentrer et stimuler l’envie de jouer et de donner le meilleur de soi-même au service de la musique elle-même, de l’esprit et du message voulus par le compositeur, et de ce qu’elle apporte à ceux qui l’écoutent et la reçoivent …

 … ça y est, c’est l’heure … L’église s’est remplie … Vous avez reconnu des amis ou de la famille … Et, Dieu merci, l’admirateur fou qui vous poursuit partout vous a enfin laissée tranquille ! … Tout est prêt …

La façon dont est présenté le concert est également un élément important … Pour le public qui a besoin de clés pour entrer dans une musique d’orgue qu’il connaît souvent peu, et qui a aussi besoin de ce liant humain ! Pour l’interprète aussi qui se sent ainsi impliqué, encouragé ; sans compter que ce temps permet aussi de changer de partition, de registration. Cela crée, pour tous, la respiration et la préparation nécessaires. L’idéal est un commentaire pas trop long ni trop élitiste, spontané si possible (quand il émane d’un musicien, cela se ressent !), mais pas pour autant simpliste ou inexact … C’est d’autant plus passionnant (et parfois même amusant et sympathique !) quand on entend le commentaire pour la première fois, comme le public !

 

Une fois que c’est commencé, ça passe très vite …

 

 

 

Il fait chaud, on sent une communion avec le public, et aussi avec les assistants dévoués (un de chaque côté, dans le cas d’un instrument entièrement mécanique possédant un certain nombre de jeux) qui vivent la musique en même temps que vous.

 C’est le moment où l’on se donne avec tout son être : son être corporel (ses mains, ses pieds …), son esprit, son intelligence, mais aussi … son coeur …

 Oui … surtout lorsque j’aborde un répertoire qui m’est cher : la musique de César Franck … Sans en faire trop, bien entendu !… J’ai récemment ressenti comme un appel intérieur très fort : « n’oublie pas de jouer avec ton cœur ! » … Oui … aussi …

 Il est aussi important de ne pas se précipiter sur la première note du morceau : non seulement vérifier la registration (il suffit d’un oubli et ça gâche tout !) … mais aussi intérioriser la musique, se plonger tout entière dedans … penser au tempo que l’on va prendre, au phrasé que l’on va employer, au style que l’on va donner … etc.

 

 

 

Afin que ce ne soit pas mécanique, mais musical … et humain … Justement …, c’est un être humain qui joue, et pas une machine … Bien sûr qu’il faut viser la perfection … Mais … une fausse note, une erreur de registration, un cornement imprévu … etc., cela peut arriver … Il faut l’accepter (sans s’y complaire pour autant !)… passer par-dessus et continuer sans panique … Si vous avez quelque chose à communiquer, cela passera … Mais si c’est ennuyeux au possible, cela deviendra fatal et impardonnable …

Que les gens applaudissent ou non, peu importe … Mais c’est quand - même bien vrai que cela encourage ou, au contraire, refroidit … De même, ce que disent ou ne disent pas les assistants – surtout lorsqu’ils sont eux même organistes ! – compte aussi … Je les regarde : que pensent-ils ? … C’est à la fois inquiétant et en même temps stimulant …

... La musique se déroule … Il y a des moments où l’on est à fond dans la musique, d’autres où l’on est comme dans un rêve … Des moments où l’on est un peu crispé, d’autres où l’on est totalement détendu … Des moments où l’on est un peu en colère après soi-même car ce n’était pas comme on aurait voulu, d’autres où l’on jubile totalement, où l’on se sent vraiment heureux !

 

… Arrive la fin …

Je termine la plupart de mes concerts par une improvisation. Certains penseront que c’est peut-être un peu prétentieux … Mais d’une part, cela fait un peu partie d’une tradition chez les organistes (français notamment), d’une éducation que j’ai reçue … notamment avec les nombreux concerts auxquels j’ai assistés depuis toute petite à Bordeaux. D’autre part, j’estime humblement avoir quelques compétences en la matière … C’est quand - même (je crois …) le point culminant de mes concerts, le moment où je suis totalement moi-même, complètement détendue et libérée, le moment aussi où je vais pouvoir faire entendre des sonorités de l’instrument pas encore utilisées dans le répertoire … Ce que je préfère par-dessus tout, c’est quand l’organiste des lieux – ou quelqu’un d’autre -, me propose le ou les thèmes et que je les découvre au dernier moment … Qu’il s’agisse de thèmes originaux composés spécialement pour l’occasion ou de thèmes appartenant à un répertoire existant – chant religieux, populaire … -, connu ou non … C’est extraordinaire … et il n’y a pas de mots pour en parler …

 

...Accord final … Tout est terminé … Les gens applaudissent … Il faut saluer plusieurs fois, parfois même descendre … Généralement, je suis très gauche et maladroite à ces moments là (c’est ma timidité qui fait cela …). A la fois épuisée après avoir donné beaucoup, et heureuse, je ne sais en fait pas bien où je suis … Des gens me parlent … certains manifestent leur enthousiasme de façon spontanée et inattendue … Puis il faut remonter à la tribune, changer de chaussures, ranger les partitions …

Et souvent, il faut se quitter assez vite …. Trop vite souvent … Cela dépend de l’heure, des habitudes locales, des obligations des uns et des autres … En même temps, on n’a pas trop envie de parler … et en même temps, on a du mal à partir, à quitter des lieux et des personnes dont on se sent désormais proches alors qu’il n’en était rien trois jours auparavant …

La nuit qui suit est généralement très bonne et très paisible.

Et sur le chemin du retour, et durant quelques jours encore, vous vous sentez légère et heureuse, l’esprit serein, le coeur habité par une émotion contenue mais débordant de reconnaissance …

Avec aussi l’envie de continuer de faire encore mieux …

Mon tableau peut paraître idéaliste ou idyllique … Pourtant, je l’ai vécu …

Et je tenais à vous faire partager ici cette évocation …

 

 

 

 

 

 

 

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