1er novembre 2006: "Ma réflexion de la semaine"
L'Institut supérieur de liturgie vient de fêter ses 50 ans.
Voici 2 interventions prononcées à cette occasion:
Ces deux textes me semblent pertinents et éclairants dans un contexte où l'on évoque une probable "réhabilitation" du Rite tridentin ... ce qui n'est pas sans poser question ...
Pour ma part, je serai très mesurée sur la question ...
- D'abord, il y a - comme d'habitude ..; - un "truc" qui m'énerve, c'est ce que disent les journalistes ... L'expression "messe en latin" est très réductrice puisque la messe "de Paul VI" peut très bien être célébrée en latin ...
J'aimerais bien que l'on chante un peu de grégorien (Le Credo III, les Messes VIII, XI et XVII ... ) de temps en temps à la cathédrale, mais je sais qu'il y a des gens qui sont contre, dont des personnes de l'EAP ...
Il y a des gens qui sont contre pour des raisons idéologiques.
Or, justement, le chant grégorien n'est pas la propriété d'une certaine catégorie de chrétiens qui en auraient le monopole !!! ... Au contraire, c'est un trésor de l'Eglise.
- Sans doute avons-nous aussi à nous poser quelques questions sur la façon dont nous (en France) avons appliqué et interprété les réformes conciliaires ...
Alors qu'il y a tant de trésors dans la liturgie, à redécouvrir et à mettre en oeuvre ! Des rites à déployer dans toute leur splendeur, leur symbolique, leur vérité !
Et oui, c'est vrai: on ne peut pas faire n'importe quoi en liturgie ...
Des abus, des dérives, il y en a ... et il n'y a hélas pas besoin d'aller très loin pour s'en rendre compte...
... Ah ! ... Quand je pense que, parfois, je passe pour quelqu'un de rigide ... tout simplement parce que je fais quelques rappels ...
A propos, ce livre-là
(avec bon de commande à télécharger)
certes pensé pour les animateurs de jeunes, peut concerner tout le monde !
(si tous ceux qui s'occupent de liturgie étaient au fait de ce qui est dit là-dedans, ce serait bien !!!).
Je me dis qu'à la cathédrale de Soissons, on est quand-même bien lotis (même si on peut faire mieux) ... des messes comme celle du 22 octobre ou celle de ce matin (Jour de Toussaint) en sont le signe vivant ... Et je suis plus que jamais décidée à oeuvrer pour une liturgie digne, belle, priante et vivante. D'autant plus que l'Eglise cathédrale doit être en quelque sorte un modèle, un moteur ...
Pour ma part, mon propre cheminement spirituel découle de tout ce que j'ai reçu et vécu en liturgie, en particulier au travers de mon engagement d'organiste ...
J'aimerais d'ailleurs continuer à me former, et regrette de ne pouvoir aller suivre le Certificat de Musique liturgique à l'ISL ... :
Hélas, je ne peux avoir mon vendredi entier ... et "laïcité" oblige, je ne peux donner le vrai motif de ma demande ...
- Mais pour en revenir au sujet qui me préoccupe, je suis assez partagée.
J'ai lu de nombreux livres du Cardinal Ratzinger devenu Pape Benoît XVI, dont j'aime beaucoup, je dois le dire, la clarté, la pédagogie, mais aussi la profondeur et l'humilité. Je me tiens au courant, grâce à Internet, de tout ce qu'il dit et écrit, et je déplore que ne soient retenus par le "grand public" que quelques points caricaturaux ... Tout ce qui est vraiment bien, profond, solide sur le plan théologique, et accessible, ça on n'en parle jamais et je trouve ça nul ...
Alors que, polémiquer sur un texte qui n'est pas encore sorti, ça ...
Personnellement, je comprends son souci, son souci d'accueillir, d'agir avant qu'il ne soit trop tard, et de rappeler un certain nombre de choses ... ... mais je prie pour lui car ce n'est pas facile.
- Je pense que son geste sera surtout "efficace" envers les "simples" fidèles qui fréquentent les groupes tradis ... et qui ne sentiront plus mis au banc de l'Eglise, ou rejetés, regardés avec méfiance, par les "conciliaires" (et je me mets volontiers dedans ...). Mais pour les responsables de ces groupes, notamment les plus extrémistes, les plus réfractaires à l'Esprit du Concile, je crains que cela ne change rien ...
Au contraire, ils ont déjà crié victoire et ont des tas d'arrière-pensées !
- Il semble en effet que la question de la liturgie n'est pas la vraie question, ce n'est qu'un prétexte ... brandi par certains depuis des années ... et hélas légitimé par certains abus qui, c'est vrai, ont eu lieu ici ou là - mais pas partout quand-même ! ...
Ce qui est en jeu, c'est la reconnaissance du Concile Vatican II dans son ensemble, avec notamment l'engagement dans le monde, la liberté religieuse, l'oecuménisme, le dialogue inter-religieux ... etc. Et, là dessus, on ne saurait transiger !
Or on sait très bien quels types de discours très fermés, rigides, voire extrémistes et souvent moralisateurs on entend chez ces gens là ...
(ceci dit, gardons-nous bien de mettre tout le monde dans le même panier ! ... ).
- Enfin plus que la question du rite lui-même (après tout, pourquoi pas ... j'ai lu "L'Esprit de la liturgie" du Cardinal Ratzinger, et je comprends assez bien sa théologie concernant l'orientation du prêtre par exemple ...),
ce qui pose problème, c'est que, dans le rite tridentin:
1) le calendrier liturgique n'est pas identique
2) il n'y a pas les mêmes lectures de la parole de Dieu ... Or, en la matière, le Concile, a été novateur, offrant aux fidèles un large choix de textes, grâce notamment au lectionnaire en 3 années (A,B et C): une richesse inestimable !
Oui, sur ces deux points là, l'unité de l'Eglise est en jeu, un risque d'éclatement peut réellement d'exister ...
En même temps, je me dis que cela ne concernerait qu'un petit groupe de personnes ...
Ce qui craignent un "retour en arrière" sont peut-être un peu excessifs ...
Je partage donc la prudence de la plupart des évêques de France, y compris de Mgr Robert Le Gall, Archevêque de Toulouse et Président de la commission épiscopale de liturgie, qui en bon Bénédictin, adopte des positions sages et mesurées.
A Lourdes, où se tient dans quelques jours l'assemblée plénière des Evêques de France, ils vont en parler, forcément, même si bien d'autres dossiers sont à l'ordre du jour ...
Ce débat sur inXL6 en dit long sur la complexité du sujet:
et
Alors, prions pour eux, et prions pour le pape Benoît XVI ...
au lieu de "taper" dessus !
... Il est peut-être maladroit parfois, mais il a tant d'autres qualités, je crois !
Ne l'oublions pas: il ne voulait pas être Pape mais souhaitait terminer sa vie dans sa Bavière natale, probablement dans un monastère bénédictin, pour écrire et poursuivre sa réflexion théologique. Aussi, il a demandé qu'on le soutienne dans la prière car il se sent faible et fragile, sa charge est épuisante et il va sur ses 80 ans ce qui est un âge vénérable...
Alors, prions !
4 novembre 2006: un discours rassurant du Cardinal Ricard.
Mais les débats continuent entre chrétiens, et cela m'inquiète:
10 novembre 2006: les Evêques à Lourdes.
L'assemblée plénière des Evêques de France à Lourdes vient de s'achever.
Et je crois que l'on peut vraiment se réjouir de ce qui a été dit.
Pour ceux qui ne le sauraient pas (désolée si vous savez déjà) tous les textes, déclarations, décisions, votes ... etc.
sont disponibles sur un site Internet spécial:
On peut retrouver ce qui a été dit chaque jour à l'aide d'un petit calendrier situé à droite de l'ecran.
Personnellement, je me suis intéressée à cela au jour le jour, et j'ai trouvé cela passionant et éclairant.
Je crois même qu'il est indispensable, pour nous chrétiens, de nous informer à la source, plutôt que de se fier à certains médias et à leurs interprétations un peu hâtives - le débat sur le rite tridentin est en cela emblématique; voir:
et
De ce fait, le discours de clôture du Cardinal Ricard me paraît très clair, équilibré, réaliste en beaucoup de points, très rassurant sur d'autres ; c'est en tous cas ainsi que je le reçois:
En tant que croyante et que laïque engagée dans l'Eglise, cette Eglise que j'aime, que je veux servir de mon mieux (là où je me trouve avec les attributions qui sont les miennes) et dans laquelle je me reconnais pleinement, je ne peux que me sentir concernée par tout cela, même si certains sujets me touchent plus ou moins.
Par ailleurs, j'ai pu voir, en differé, sur le site Internet du "Jour du Seigneur", la très belle messe de dimanche dernier à la Basilique du Rosaire ...
...J'ai également apprécié le message que tous les évêques de la CEF ont écrit à Mgr Ricard.
Là encore, cela recadre les choses, en donnant à un certain dossier sa juste importance ...
Mais, pour en revenir à ce sujet précis - qui, je dois le dire, m'intéresse particulièrement, même si, dans le diocèse de Soissons nous n'y sommes pas confrontés directement -, j'aimerais justement ajouter quelque chose...
J'ai lu très attentivement le paragraphe du dicours de clôture du cardinal Ricard, et je crois que tous les mots ont leur importance;
je suis pour ma part rassurée de l'entendre dire qu'il remercie tous ceux qui oeuvrent pour la qualité de la liturgie, et aussi qu'il ne faudrait pas faire dire au Concile des choses qu'il n'a pas dites ...
Ce débat là ne doit pas occulter une remise en question profonde de que nous faisons lors de nos liturgies "conciliaires".
La liturgie n'est pas l'unique activité de l'Eglise, mais elle est la source et le sommet de la vie chrétienne: ce n'est pas moi qui le dit, c'est Vatican II, et pour moi, c'est une évidence ...
Donc, nos liturgies doivent être nourissantes (pour TOUS ! - sans discrimination sociale): en premier lieu la Parole de Dieu et l'Eucharistie, mais aussi la beauté de rites et de gestes à la fois sobres, déployés et signifiants, la qualité des chants et de l'animation (participation et bonne volonté ne doivent pas signifier médiocrité ... ), des homélies profondes et porteuses ...
Le temps où l'on opposait action catholique et vie paroissiale, engagement dans le monde et liturgie .. etc. est révolu: les deux ont leur importance ...
Etre proche des gens ne veut pas dire leur offrir une liturgie "à deux balles" ... le sens du beau, du sacré, du mystère, doit subsister.
A force de simplifier, tout perd son véritable sens ...
Je dois avouer que j'aimerais bien que nos évêques prennent officiellement position là-dessus.
Car, on peut toujours craindre le risque d'une "liturgie à la carte" si la messe de St Pie V est libéralisée - comme on dit - ; mais ce risque-là existe AUSSI dans la liturgie "de Paul VI", et ça, parfois, on ne veut pas le voir !
Certains prêtres sont conscients de tout cela, mais d'autres non (et non des moindres parfois) ...:
Oui, on peut fort bien imaginer que des gens aient écrit à Rome, encore récemment, pour dire:
- "à ... on remplace systématiquement le psaume par un chant, surtout avec les enfants et les jeunes"
- "à ... on ne chante jamais le "Gloire à Dieu" liturgique, mais une paraphrase, de même pour le Sanctus ou l'anamnèse"
- "à ... le prêtre modifie les paroles de la prière eucharistique à sa guise et y ajoute des tas d'explications en plus"
- "à ... l'homélie ne se base pas sur la Parole de Dieu mais a des résonnances idéologiques ou politiques"
- "à ... le prêtre est très brutal avec les objets du culte et n'a pas le sens du sacré"
- "à ... on chante un chant sur la paix à la place de l' "Agneau de Dieu" "
- "pour les mariages ou enterrements, tel prêtre ou diacre accepte que l'on remplace la Parole de Dieu par un texte profane, ou acepte que l'on écoute / chante des chansons profanes ..."
MAIS
- "à ... on s'est fait eng....... par des paroissiens parce qu'on a chanté la Credo III le matin de Pâques ..."
- "à ... on ne veut surtout pas de chorale ..."
- "à ... on n'a pas voulu d'orgue pour tel rassemblement ..."
Bref, j'arrête là ...
Pour moi, c'est un peu le "monde à l'envers".
Le problème c'est que, ça, ça existe bel et bien ...
Oui, il faut être réaliste !
De réelles résistances existent, DANS le clergé-même ...
Alors, ne nous étonnons pas trop vite si Rome se montre sévère et critique vis à vis de l'Eglise de France.
Même si les orientations officielles prises depuis une bonne quinzaine d'années au niveau de la Commision épiscopale de liturgie et du CNPL - devenu SNPLS - sont extrèmement encourageantes, leur application sur le terrain laisse à désirer, en certains lieux ...
Et l'action d'une CDPLS (Commission diocésaine de pastorale liturgique et sacramentelle) reste très limitée ...
Comment dire aux gens de bonne volonté que ce qu'ils font, ça ne va pas, alors qu'on ne leur a rien dit durant 30 ans ? ... Beaucoup de gens de bonne volonté refusent de se former, de se remettre en cause ...
Et puis, c'est une réelle difficulté pastorale ...
Rassurez-vous: je n'ai jamais écrit au Vatican, ou à Mgr Robert Le Gall !
J'ai seulement provoqué de temps en temps à mon Evêque ...
(mais je le connais suffisamment pour pouvoir me le permettre), mais jamais sous la forme d'une quelquonque délation, ce qui serait très malsain et peu charitable.
Tout ça pour dire que ce n'est pas si simple ...
Il n'y a pas les "gentils" d'un côté et les "méchants" de l'autre !
... Pour moi qui suis née en 1975 seulement, certaines considérations me dépassent, d'autant plus que je suis naturellement quelqu'un qui recherche les positions équilibrées, mesurées (ce pourquoi, je crois, la spiritualité bénédictine me convient si bien !).
Quant j'étais enfant à Bordeaux, j'ai fréquenté simultanément 3 types de liturgie (jusqu'à l'âge de 13 ans, puisqu'ensuite, ma famille a déménagé pour la région parisienne):
- à la cathédrale de Bordeaux: des messes avec 2 orgues et choeurs, polyphonie et chant grégorien, mais très froides avec des "sermons" interminables des chanoines, et peu de participation de l'assemblée.
- dans mon école catho (St Joseph de Tivoli, à Bordeaux) et au MEJ, des messes "à la guitare" mais où j'ai joué de la flûte à bec puis du clavier
- dans les paroisses où mon papa jouait de l'orgue, en particulier l'église St Ferdinand de Bordeaux (où nous avons notamment connu le Père Dagens, alors vicaire dans cette église, avant qu'il ne devienne Evêque): paroisse dynamique et accueillante, chants en français d'assez bonne qualité avec chorale pour les fêtes (il y avait même la "chorale des enfants" dont je faisais partie). Il y avait aussi la cathédrale de Bayonne pendant les vacances.
... Puis, il y a eu Lourdes et Notre Dame de Paris, deux modèles de réussite liturgique et musicale post-conciliaire, sans rupture !
Puis aussi les paroisses du Diocèse de Saint-Denis-en-France où j'ai été, très jeune, organiste.
Et enfin, le diocèse de Soissons où j'entame ma onzième année (déjà !) ...
Mon "diocèse d'adoption" comme je dis souvent ...
Et même si je suis parfois critique sur tel ou tel point, j'aime ce Diocèse, je m'y sens attachée et je m'efforce de le servir de mon mieux, dans mes domaines de compétence et en fonction des appels qui me sont adressés.
... J'ajoute à tout cela: mon parcours musical, mon cheminement spirituel (qui découle tout droit de mon expérience liturgique),ma formation au CYFFAL, les rencontres que j'ai faites, mes lectures ...
Bien-sûr: mon expérience de terrain en paroisse ou en équipe diocésaine.
J'oubliais: plus récemment, les bénédictines de Jouarre: autre expérience liturgique, autre expérience spirituelle ...
Tout cela additionné a contribué à forger mon engagement et mes convictions.
Et, c'est vrai, je me sens parfois seule à y réfléchir ...
P.S. Je viens d'acheter un petit livre reprenant toutes les homélies prononcées par le Pape Benoît XVI durant la Semaine Sainte 2006 - je les avais vues sur Internet (je reçois tous les jours le bulletin de l'agence ZENIT) mais, étant moi aussi très occupée (...), j'avais, je dois l'avouer, "zappé" ... ("Il n'est pas ici, il est réssuscité" - éd. du Cerf, , ça coûte 5 euros).
J'ai commencé hier soir, avec son homélie des Rameaux, mettant en évidence le triple message de la Croix - pauvreté, paix, universalité . c'est clair, limpide, profond ... J'ai lu ça après avoir éteint l'ordinateur à 21h15 (c'est tôt !) , avant de chanter Complies (N.B. en français évidemment, dans "Prière du temps présent", avec les musiques du bouquin marron de Kinnor, mais avec, en fin, le Salve Regina - grégorien, donc en latin, cette fois !) et, enfin, de me coucher.
Cela apaise, unifie, fait du bien ...
N'empêche ... quand je suis avec des chrétiens à Soissons, j'ai peur d'être regardée de travers en disant, par exemple que j'aime bien le chant grégorien ou que j'aime bien ... le Pape actuel ! ...
Oui, recentrons-nous sur l'essentiel: le CHRIST.
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P.S je me réjouis de la façon de le journal "La croix" a traité le sujet dans son édition de ce vendredi 10 novembre.